LA SORTIE DE LA CLÔTURE SCRIPTURAIRE EST-ELLE UNE SORTIE DE LA RELIGION?

«Parmi ses signes la création des cieux et de la terre et la diversité de vos langues et de vos couleurs, c’est là un signe pour les gens qui réfléchissent» .
L’Homme est invité à chercher la vérité dans le Coran. Il doit parallèlement la chercher dans le livre cosmique, celui du Monde sensible et intelligible. Il est aussi invité à la sonder au fond de sa propre conscience : «Nous allons leur montrer nos signes dans les horizons et en eux-mêmes jusqu’à ce que la vérité leur apparaisse?!» ; «Dans la terre il y a des signes pour ceux qui ont acquis la certitude, et en vous-mêmes, n’observez-vous pas ?! »
Autrement, les signes de Dieu ne sont jamais arrêtés de nous interpeller à travers la Nature, l’Histoire, et à travers nous-mêmes pour ceux qui savent l’écouter. Le silence de Dieu n’est donc qu’apparent. Dieu ne s’est jamais retiré du Monde. Sa sémantique coranique et sa sémiologie cosmique continuent encore à nous interpeller. Il nous parle également à travers notre livre intérieur.
On a donc la possibilité de concevoir l’islam comme une religion qui peut théologiquement être lisible en y reconnaissant l’effet d’une cause (Dieu) qui agit métonymiquement à travers le Coran et la Nature. En même temps, une démarcation intellectuelle s’impose pour parer à une identification de Dieu au Coran et/ou à la Nature, dans le sens où Il serait tout sauf Transcendant, confondu ontologiquement avec Sa parole révélée et/ou avec la Nature.
La pensée musulmane n’est pas exclusive dans la mesure où la soumission aux Écritures n’est pas antinomique à l’herméneutique dans l’objectif d’émanciper la connaissance et de lui ouvrir des horizons universels. Par conséquent certaines méthodes utilisées pour étudier la nature (sciences exactes) et la culture (sciences humaines) ne sont pas exclues si l’on admet que l’islam dans toutes ses dimensions n’est pas toujours lisible uniquement et immédiatement à partir des Écritures. Cette assertion est lourde de conséquences. Cela veut dire que le fait d’établir a priori une théorie de lecture qui s’intéresse au sens des Textes en même temps qu’à leur vérité, ne doit pas être écartée. Une vérité reste cependant évidente, la démarche cognitive ne s’arrête pas au niveau autocentré sur le Texte (Coran ou Sunna).
C’est ce que les premiers musulmans (salaf) ont très bien compris et très tôt. Ils bâtirent un grand édifice de connaissances de toutes sortes, des plus religieux aux plus rationnels scientifiques. La sécularisation musulmane, toute en respectant une forme de distinction et de démarcation, elle n’a pas créé une rupture entre les deux registres : le spirituel et le temporel. À ces époques, où l’ijtihad était une culture répondue, un savant digne de ce nom n’est reconnu comme tel que lorsque qu’il aura maîtrisé les connaissances religieuses et les connaissances rationnelles et universelles de son époque.

LE CORAN, OU LE MYSTERE D’UN SOUFFLE (RUH),

communication 2012 – Tareq Oubrou

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