Le Dieu du Coran n’est pas uniquement celui des musulmans

Nous venons de voir que toute l’humanité est incluse dans la miséricorde de Dieu, étant le Dieu de tous. Ce qui va nous intéresser ici, c’est le côté pratique, celui de la participation des non-musulmans à la réflexion sur la chose islamique et l’intégration de toutes les intelligences pour résoudre les problèmes que rencontre l’islam, notamment aujourd’hui.
Alors que tous les êtres humains sont d’une égale dignité comme le souligne le Coran[1], beaucoup de musulmans voient le non-musulman presque comme un sous-homme. Il est brutal de l’écrire ainsi, mais malheureusement cette idée tourbillonne dans le tréfonds de leur conscience. Paradoxalement, cette croyance idiote est une vraie souffrance pour le musulman. Elle le consume de l’intérieur. Nous avons montré qu’elle est non fondée. Et il faut vraiment en finir avec cette foi du mépris de l’autre. Elle est néfaste d’abord pour celui qui en souffre, le méprisant.
 
Le non-musulman peut-il avoir des réflexions sur l’islam ?
Oui, le non-musulman peut dire des choses pertinentes sur l’islam. Et le sot est celui qui se prive d’un don, même s’il vient de son adversaire. Quant au sage, il met la vérité et la justice au-dessus de tout.
Un jour, Abu-Dardâ et Salman, deux compagnons du Prophète, rendirent visite à une amie chrétienne. L’heure de la prière arrivée, ils lui demandèrent s’il y avait un coin propre pour l’accomplir. La dame leur conseilla : «Nettoyez vos coeurs et priez où vous voulez ! » Salman se tourna vers son compagnon et lui dit : « Prends son avis, même si elle n’est pas une canoniste[2] ! »
Je cite l’histoire de ces deux disciples du Prophète parce que aujourd’hui certains jeunes musulmans ne fréquentent pas les autres et vivent entre eux. Ils voient le monde des autres comme impur. Je ne parle même pas du fait d’écouter l’autre leur parler de leur religion. Or, l’islam n’est pas la propriété privée et exclusive de quelques musulmans. Et le Dieu du Coran n’est pas uniquement celui des musulmans. Lui-même s’est qualifié de Dieu des mondes et de tous les humains (rabbu al’âlamîne). Chacun a donc le droit de jeter un regard sur l’islam, aujourd’hui confisqué par des esprits musulmans ineptes. En effet, l’islam est devenu plus que jamais l’affaire de tous les citoyens, car sa visibilité touche tout le monde, ce qui nécessite de la part des musulmans une ouverture sur les autres et de les écouter quand ils leur « proposent » des critiques : « Le croyant doit chercher sagesse là où il la trouve. Il est le plus à même à s’en approprier », dit le hadith du Prophète[3]. La vérité et la sagesse ne doivent pas être une affaire communautariste, ni renfermées dans un cloître religieux. Car il y a toujours du vrai dans la bouche des autres, même dans celle des adversaires, des polémistes et des critiques de l’islam les plus acharnés. Nous devons écouter ceux-là aussi et pas uniquement ceux qui nous défendent. Car parfois ces derniers ne nous rendent pas un grand service ; et il arrive même qu’ils le fassent pour d’autres raisons.
 
 
1. « Nous avons donné la dignité aux enfants d’Adam », Coran (17, 70).
2. Ibn-Qayyem al-Juzia, Ighâthatu al-lahfân, Dâr ibn Zaïdûn, Beyrouth, présentation et annotations d’Assayd Jumaylî, part. I, p. 161.
3. Termidhy et Ibn-Majah via Abu-Huraïra in Al-jâmi’e assaghîr de Jalâluddin Soyûtî in Fath al-qadîr de Al-Mannâwî, t. V, no 6462, p. 65.
 
Appel à la réconciliation : Foi musulmane et valeurs de la République française – Tareq Oubrou – Édition Tribune Libre Plon – p183 à 185
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