Musulman «non pratiquant», cela a-t-il vraiment un sens ?

Les versets du Coran[1] qui appellent le croyant à faire le bien (khaïr) sont multiples. Ils incitent à pratiquer ce qui est moralement convenable (ma‘rûf). Sans entrer dans les détails, tant ces deux notions tombent sous le sens de l’universel : « Je ne suis envoyé que pour parfaire la vertu [morale] (akhlâq)[2] », a dit le Prophète, précisant ainsi l’essence même de sa mission, qui ne consiste pas à inventer la vertu, mais à l’accomplir. Avoir de la compassion et de l’attention à l’égard des autres – y compris les êtres vivants qui ne sont pas de notre espèce – est une pratique de grande importance, salvifique sotériologiquement[3] parlant. Le Prophète rapporte qu’une personne voyant un chien mourir de soif, tellement assoiffé qu’il léchait le sol dans l’espoir d’en tirer quelques gouttes d’eau, lui donna à boire par compassion. Grâce à ce geste de miséricorde, dit le Prophète, il fut accueilli par Dieu dans sa grâce[4]. Sauver une âme, même celle d’un animal, est une pratique qui peut mener vers le salut alors qu’une prière, un jeûne, une aumône ou un pèlerinage arrogants et ostentatoires ne garantissent pas le salut, au contraire.
Dans ce hadith, ne sont d’ailleurs pas précisés l’identité religieuse de cette personne musulmane, ni même si elle est « pratiquante » ou pas, monothéiste, juive ou chrétienne, bouddhiste, ou même athée ou agnostique. Dans une autre variante, il s’agit d’une prostituée qui donne à boire à un chien. Celle-ci fut accueillie dans la grâce de Dieu[5].
En effet : « Celui qui fait ne serait-ce qu’un atome de bien le verra – sa récompense – [le Jour du Jugement] […][6] », dit le Coran.
Une chose reste certaine, le musulman « non pratiquant » n’existe pas dans la réalité, car il y a – et il y aura – toujours le bien dans le coeur de l’humanité, dont même ce musulman qualifié à tort comme tel fait partie. En effet, je ne connais pas un être humain qui n’ait jamais pratiqué le bien.
 
 
1. Nous nous contenterons de ce passage à titre d’exemple : « Ô vous qui avez cru, inclinez-vous et prosternez-vous [allusion à la prière canonique], adorez votre Seigneur et faites le bien pour avoir le salut, et accomplissez l’effort dans la voie de Dieu comme il se doit, il vous a gratifié et n’a fait aucune contrainte dans la religion », Coran (22, 77).
2. Rapporté par l’imam Malik, al-Hakim, Ahmed et autres via Abu-Huraïra entre autres compagnons du Prophète, in Silsilat alahâdîth as-sahîha d’Al-Albâny, maktabat al-ma’ârif, Riyad, 1995, t. I, no 45, p. 112.
3. La sotériologie est la doctrine du salut des âmes dans l’autre monde. Nous la trouvons dans les religions révélées, notamment dans le christianisme et l’islam.
4. Bukhârî et Muslim via Abu-Huraïra, Al-jami’e bayn assahîhayn d’Omar al-Mawsilî, Maktabat al-Ma’ârif, Riyad, 1998, t. I, no 781, p. 301.
5. Muslim via Abu-Huraïra, op. cit., t. I, no 782, p. 302.
6. Coran (99, 1).
 
Appel à la réconciliation : Foi musulmane et valeurs de la République française – Tareq Oubrou – Édition Tribune Libre Plon – p100-101
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