À ces musulmans qui n’ont pas peur

À ces musulmans qui n’ont pas peur
Il existe des musulmans qui renoncent à leur religion parce qu’elle est contraignante et incompatible avec leur mode de vie, pensent-ils. Il existe aussi des musulmans, un peu trop téméraires, qui ne se soucient de rien ni de personne. Se pensant antisystèmes – du moins le croient-ils –, ils font de leur religion une arme de combat identitariste. Pour moi, c’est de l’inconscience.
Rappelons à ces musulmans que nous sommes dans un pays, la France, qui a une histoire longue de conflits et de guerres civiles. Catholiques et protestants ; gouvernement et communards ; catholiques et laïques ; collabos et résistants ; gauche, droite, etc., ce ne sont pas les exemples qui manquent. Le nationaliste Charles Maurras a évoqué en son époque « le temps où les Français ne s’aimaient pas[1] », phrase qu’Émile Poulat commentait en écrivant : « Je suis aussi parmi ceux qui pensent que la France vit dans une tradition de guerre civile, au contraire des pays environnants[2]. » Ce qui n’a pas empêché la France de toujours réussir à conserver sa cohésion nationale et de rester plus forte que ses divisions et déchirements. Mais il ne faudrait pas que cette histoire se reproduise avec les musulmans, dont une partie, inconsciente des dangers, fait beaucoup de bruit.
De soi-disant leaders musulmans se sont en effet érigés en francs-tireurs s’attaquant de manière spectaculaire – et théâtralisée – à tous ceux qui osent critiquer l’islam et ses fidèles. Pour les musulmans frustrés, ils agissent en courageux et deviennent des héros de la communauté. Pour moi, ils se comportent en pyromanes, et le plus souvent agissent comme des tartuffes, voire des fous.
Le courage ne consiste pas forcément à s’exposer ou à foncer tête baissée, parfois il exige de savoir éviter l’obstacle. La peur fait partie de cet instinct que l’on trouve même chez l’animal, sagesse qui lui permet de reculer, voire de fuir devant le danger. Cette fuite dont Henri Laborit dit qu’elle « reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés[3]».
Toute religion qui se respecte a besoin de calme et de sérénité, puisqu’elle-même est censée être source de paix pour permettre de s’accomplir dans la spiritualité. Pour l’assurer, il faut savoir faire des concessions. C’est cela aussi, le sens du courage moral.
Les musulmans de France doivent s’inspirer du comportement éthologique de prudence qui fait que l’animal, quand il pénètre un milieu qu’il ne connaît pas très bien encore, minimise ses mouvements et réduit prudemment sa visibilité afin de ne pas perturber l’équilibre écologique de son nouvel environnement, perturbation dont il serait le premier à subir les conséquences. Il faut une adaptation. Nous, musulmans, devons apprendre de l’écologie animale. C’est cette adaptation éthologique et écologique que j’ai traduite dans mon concept de « théologie d’acculturation » au service d’une paix globale et perpétuelle,
chère à Kant.[…]
1. Émile Poulat, France chrétienne, France laïque, entretien avec Danielle Masson, Desclée de Brouwer, 2008, p. 133. Je tiens à préciser d’emblée ici, en ces temps où tout peut devenir sujet à polémique, qu’évidemment citer Maurras ne signifie en rien une adhésion à ses idées, sa vision du monde ni bien sûr à son antisémitisme et à sa haine de la République.
2. Ibid.
3. Henri Laborit, Éloge de la fuite, Gallimard, 1976, p. 9.
Appel à la réconciliation : Foi musulmane et valeurs de la République française – Tareq Oubrou – Édition Tribune Libre Plon – p297-299

 

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