” Ce qui est important, ce n’est pas le péché, mais l’usage qu’on en fait. “

Ce qui est important, ce n’est pas le péché, mais l’usage qu’on en fait. Le mal moral n’ayant pas de réalité ontologique, il est comme une pièce à deux faces, cela dépend comment on la tourne. Il est souligné dans le Coran que la fragilité est la condition ontologique humaine[1].
Par conséquent, la vulnérabilité morale de l’homme n’est pas un péché en soi. Il suffit de la convertir d’un simple tour ou de l’inverser parfois d’un geste léger, et voilà qu’elle devient une énergie spirituelle et une force morale. Ibn-Qayyem a évoqué trente et un arguments pour « réhabiliter le péché[2] » comme moyen d’accès au bien moral et à la perfection. En effet, il est établi chez les soufis et les moralistes qu’un péché peut conduire au Paradis, comme une piété peut conduire en Enfer, si la première pousse à l’humilité et la seconde à l’arrogance.
Dans notre vocabulaire, nous faisons une distinction entre le bien et le mal moraux qui relèvent d’une catégorie différente de celle du statut ontologique de la nature humaine. Jamais le fauteur ou le criminel ne doit être confondu avec sa faute ou son crime. S’il y a un mal moral, la nature humaine, elle, ne connaît pas de mal ontologique. L’homme est bon, mauvais par accident, l’homme n’étant pas réductible métaphysiquement à sa moralité ni même à sa croyance.
Cette distinction est très importante pour comprendre notre vision théologique de l’humain. Cette chute d’Adam et Ève, au fond, n’était pas une chute. Elle leur a permis de se découvrir dans la nudité de leur vulnérabilité. Cela n’était pas possible sans l’amertume et la douleur de la faute et de ses conséquences[3]. Une faute qui les a réveillés et éveillés.
Un des effets positifs de la faute est l’acte solidaire et la réconciliation qui créent chez la personne un élan de compassion à l’égard de ses semblables, vulnérables comme elle. Ce qui revient à se réconcilier et à être solidaire envers soi-même. Une forme d’ipséité dans l’altérité et vice versa. C’est pour cela que le musulman, ne faisant rien de gratuit, est appelé à pardonner pour se faire pardonner : « Qu’ils pardonnent et qu’ils soient indulgents. N’aimez-vous pas que Dieu vous pardonne ? Dieu est pardonneur et miséricordieux[4] ! »
La morale de cette histoire, c’est qu’au lieu d’un Adam manqué, l’islam accrédite en réalité un Adam accompli[5]. Le pécheur repenti devient glorifié audelà du juste et de l’innocent[6] qui n’auraient commis aucune faute, à supposer que cela puisse humainement exister.
 
1. « Et l’humain fut créé faible », Coran (4, 28).
2. Ibn-Qayyem al-Jawzia, Tarîqu al-hidjratayn, Dâr al-Kutub al-‘ilmiyya, Beyrouth, [s. d.], p. 168-173.
3. Ibn-Attallâh Ahmed Assakandary, At-tanwîr, Dâr al-Kutub al-‘ilmiyya, Beyrouth, 1998, A.C-1419 A.H. p. 24-25.
4. Coran (24, 22).
5. Ahmed ibn Taymiya, al-ihtijâju bi-l-qadar, Al-Maktab al- Islâmy, Beyrouth, 1973, p. 33.
6. Innocent n’est pas synonyme d’infaillible ou d’impeccable.
 
Appel à la réconciliation : Foi musulmane et valeurs de la République française – Tareq Oubrou – Édition Tribune Libre Plon 2019- p143-145
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