samedi, mai 21 2022

Il n’est pas raisonnable de demander aux musulmans, qui sont majoritairement de couleur, de s’assimiler jusqu’à devenir complètement invisibles, sauf si l’on passe de l’assimilation culturelle à l’assimilation ethnique et génétique, ce qui ne se décrète ni par le droit, ni même par la culture, mais par les lois de la nature. Pourtant, cette « assimilation » est, d’une certaine manière, en cours grâce aux « mariages mixtes ». À ce titre, la France génère une mixité que l’on ne trouve pas dans des pays qui ont opté pour un système communautariste. Pour certains groupes identitaires, cette mixité provoque un métissage non désirable alors que, paradoxalement, ils prônent l’assimilation des étrangers et de leurs enfants non seulement dans la République, mais dans une culture française fantasmée.

Et là on passerait de la sécurité culturelle à la sécurité ethnique voire génétique ; d’où pour cette frange minoritaire, le risque serait un « grand remplacement », mais un « remplacement biologique ». D’autres pensent que le plus menaçant n’est pas le métissage ethnique, mais un islam acculturé qui séduirait une partie des « Français de souche » et irait jusqu’à modifier le paysage religieux catholique du pays. En effet, comme la France est passée d’une France catholique à une France laïque, ils ne veulent pas la voir passer à une France islamique, dont la laïcité ne serait qu’une étape, d’où d’ailleurs une lecture crispée de la laïcité partagée par beaucoup.

Cette crainte est exagérée et non justifiée, car contredite par les faits puisque de plus en plus les musulmans de France se sécularisent et dont certains se convertissent même au christianisme, notamment à travers des mouvements actifs dans nos banlieues : évangéliques, témoins de Jehova, etc.Le vrai remplacement qui nous guette, ce n’est pas celui-là ! C’est d’être tous remplacés par des machines et des logiciels sans que nous nous en rendions compte. L’histoire est souvent surprenante et déroutante. Et à ce titre Michel Houellebecq devrait écrire un autre roman, une suite à Soumission. Il pourrait y décrire cette forme de soumission de l’Homme aux objets technologiques issus de sa propre création.

De fait, un tsunami technique (informatique, robotique, etc.) menace d’arraisonner le monde, pour reprendre une formule heideggérienne, prise ici dans le sens que l’acharnement technique exercé par l’Homme sur la nature pour la soumettre finirait par le mettre à la périphérie du monde et de la nature et perdre ainsi son Être.Il ne faudrait donc pas se tromper de vigilance, même si l’on reste confiant et convaincu que rien ne peut remplacer l’Homme malgré ses aberrations et ses erreurs. Et que si la culture de la technique s’oppose à la nature, celle-ci finira par triompher, car elle a une raison que la technique ne connaît pas.

En tout cas, il est certain que l’islam n’est pas ce danger qui nous guette, même si la présence de certains musulmans peut poser quelques problèmes.

Quelle place pour l’Islam dans la République ? pour les Nuls – ça fait débat – FIRST Édition – 2021 – Tareq Oubrou – p126 à 127

Previous

Le musulman entre assimilation et intégration

Next

La notion de l’« éthicisation de la sharia »

Check Also