samedi, juin 22 2024

Dès la naissance de l’islam, le Coran fut à la disposition de tous les musulmans. Enfants, femmes et hommes le lisaient et l’apprenaient même par coeur. Son interprétation, quant à elle, est réservée à ceux qui en ont la capacité intellectuelle (al-kafâ’at), après avoir acquis les outils indispensables. Un fait reste incontestable : dès le départ, il y a eu une démocratisation des textes de l’islam.

Cette configuration égalitaire des Écritures, accessibles à tout le monde, a eu des avantages incontestables. Outre la pluralité des approches qui donne une latitude de choix au musulman, elle permettait aux savants de revisiter en permanence leur lecture pour qu’elle soit adaptée à l’évolution des contextes politiques, sociologiques, et même philosophiques et intellectuels.Par exemple, très tôt les savants de l’islam ont intégré la philosophie grecque dans le savoir théologique et dans les fondements du droit canonique (usûl al-fiqh), pour ne citer que ces deux disciplines très sensibles.

Nous avons déjà vu chez les acharites sunnites l’introduction du concept grec dans la définition même de la Révélation musulmane, à travers la division de la Parole divine en parole ontologique et en parole proférée.Ce n’est donc pas une hérésie de ne lire les textes religieux que pour les comprendre dans leur contexte historique. Il est légitime, voire nécessaire, de les lire également en fonction de l’épistémè de chaque époque, pour évoquer un concept de Michel Foucault, c’est-à-dire en intégrant l’environnement intellectuel, les savoirs disponibles et la manière de penser de l’époque où se trouve l’interprète du Coran.

En effet, dans les faits il y a toujours eu deux possibilités d’interprétation parallèles : une fondamentale qui signifie commenter les textes tels qu’ils s’expriment dans le langage et la culture de leur contexte originel ; et une appliquée qui consiste à lire les textes pour répondre à des questions contemporaines et donc à partir de la réalité des musulmans qui n’a rien à voir avec celle du moment coranique. C’est ce que nous devons faire dans notre condition, notamment française.

Il s’agit de deux épistémologies herméneutiques différentes.Cette légitimité de la (ré)actualisation de l’interprétation des textes selon les époques trouve son fondement dans une parole du Prophète qui stipule qu’à chaque époque – et donc dans chaque contexte –, il y aura toujours parmi les musulmans ceux qui mèneront la réforme de la religion (Abu-Dawûd).


Quelle place pour l’Islam dans la République ? pour les Nuls – ça fait débat – FIRST Édition – 2021 – Tareq Oubrou – p19 à 20

Previous

La révélation n'est pas un dévoilement

Next

LE HIJÂB, UN CAS DE CONFUSION SÉMIOLOGIQUE

Check Also