Même dans les textes, tout n’est pas « religieux »

En se référant à de nombreux textes, les savants de l’islam (ouléma) ont déduit que la gestion temporelle de la cité ainsi que les verdicts que le Prophète rendait en tant que juge ne faisaient pas partie de sa fonction apostolique[1]. Certains considèrent même qu’une partie de ses avis (fatwa), relevant en apparence d’un religieux invariable, ne sont que du circonstanciel temporel et donc ne font pas partie de la révélation divine qui s’imposerait inconditionnellement aux musulmans, quelles que soient leur époque et leur condition. Il y a une nette séparation entre la fonction politique et la fonction prophétique[2], comme le fait constater le grand malikite Al-Qarâfî (1228-1285). Un prophète n’a pas forcément l’obligation de s’occuper du temporel, dit-il. Beaucoup de prophètes, en effet, n’ont pas eu cette tâche, car les circonstances historiques ne l’ont pas permis, comme ce fut le cas pour Jésus. Mahomet pouvait même se tromper dans ses décisions, comme il le reconnaît sauf lorsqu’il transmet une chose purement religieuse. Il fut ainsi rectifié par le Coran à plusieurs reprises, parfois sévèrement. Il consultait souvent femmes[3] et hommes, conformément à l’injonction du Coran[4]. Il disait à ses disciples : « Vous êtes plus compétents [que moi] concernant la gestion temporelle de votre vie[5]. »
 
1. Muslim via Um Salama, Ikmal al-mu‘lim d’Al-Qâdî Ayyâd, Dâr al-Wafâ, al-Mansûr (Égypte), 1998, t. V, no 1713, p. 560-563.
2. Ahmed Al-Qarâfî, Al-’Ihkâm, Dâr al-Bachâ’r al-Islâmiyya, Beyrouth, 1995, p. 106.
3. Le Prophète a signé un traité de paix (pacte de hudaïbiyya) avec ses ennemis, aux conditions sévères pour les musulmans alors qu’ils étaient en pleine force, en train d’accumuler les victoires. Une partie des musulmans y ont vu une capitulation incompréhensible de sa part, qui portait atteinte à leur fierté. Ceux-ci ont décidé de désobéir. Ce fut l’une des plus graves crises politico-religieuses auxquelles le Prophète dut faire face. C’est grâce aux conseils de son épouse Oum Salama qu’il put la dénouer.
4. Coran (3, 159). Tout un chapitre (42) du Coran porte le nom de « La délibération » (Ash-shûra).
5. Muslim via Jaber, Ikmal al-mu‘lim d’Al-Qâdî Ayyâd, Dâr al-Wafâ, al-mansûr (Égypte), 1998, t. VII, no 2362, p. 335.
 
Appel à la réconciliation : Foi musulmane et valeurs de la République française – Tareq Oubrou – Édition Tribune Libre Plon 2019 – p264 à 265
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