L’unicité de Dieu

L’unicité, tawhîd en arabe, vient de l’attribut divin, l’Unique, al-Ahad. Dieu est qualifié dans le chapitre 112 d’Unique auquel nul n’est équivalent. « Rien ne lui ressemble. » (Cr. 42 : 11) Ce n’est pas un nombre ni une substance. Il ne faudrait pas le confondre avec l’autre nom divin : l’Un, al-wâhid, (Cr 6 : 19).
La naissance d’une discipline
À l’époque des compagnons du Prophète, il n’y avait pas de discours sur Dieu. On n’interprétait pas les attributs de Dieu. On se contentait d’y croire spontanément sans spéculation. Après des hésitations sur la légitimité d’un discours sur Dieu et son unicité, la théologie spéculative musulmane a fini par s’imposer une fois au contact avec d’autres théologies et philosophies, notamment grecque. On l’appela aussi kalam ou « science de l’unicité » (‘ilm at-tawhîd). L’unicité est le dogme des dogmes, duquel dérivent toutes les croyances et toutes les pratiques musulmanes, c’est pour cela qu’elle fut qualifiée de « fondement de la religion » (usûl ad-dîn). Hormis les hanbalites, toutes les autres tendances (acharites, maturidites, mutaziltes…) penchent pour une approche spéculative. Tous y compris les hanbalites s’accordent sur l’interdiction de l’anthropomorphisme (ressemblance avec l’homme) et le refus de prendre à la lettre les attributs de Dieu, cités dans les sources scripturaires. Ce qui revient à admettre en définitive, implicitement ou explicitement, par tous l’interprétation de l’unicité de Dieu.
Deux voies
La voie de la raison est une approche qui se penche essentiellement sur les textes pour en extraire les qualités et les noms de Dieu, et ce par interprétation et spéculation. C’est ce qu’on appelle théologie révélée. L’autre se fait par l’étude des signes de Dieu dans la nature et le recours aux seules lumières de la raison. On pourrait qualifier cette approche de théologie naturelle. Ses adeptes défendent l’idée que la simple raison est capable de connaître Dieu dans son unicité, sans le secours de la Révélation comme les mutazites et les maturidites, et contrairement aux acharites et hanbalites. La voie du coeur est la voie royale qui mène à la vérité de Dieu par une transformation des éléments de la doctrine de l’unicité des noms et attributs divins (tawhîdu al-‘asma’ wa es-sifât) en expérience spirituelle réelle, comme indiqué dans le hadith qui dit : « Adore Dieu, comme si tu le voyais. » (Muslim)
Unicité divine, un modèle pour le croyant
Le Prophète est bien sûr le modèle de tout musulman. Mais il y a un autre modèle, supérieur : Dieu lui-même. Pour s’en approcher, il faudrait imiter ses qualités : la patience (sabr), la reconnaissance (chukr), la miséricorde (rahma), le pardon (al ‘afw), entre autres. Il ne s’agit pas de rivaliser avec Dieu, mais de l’adorer par le biais de ses propres attributs. En effet, quand le musulman donne l’aumône, il imite la générosité de Dieu (karam), quand il jeûne il imite Dieu, as-Samad, celui qui se passe de nourriture, etc. Toute conformité à un attribut de Dieu mène à son unicité.
La sharia, reflet de l’unicité de Dieu
La sharia ne doit pas en être coupée. Elle doit refléter la sagesse de Dieu, sa miséricorde, sa justice, sa bonté, sa douceur, etc. Pour cette raison, le Prophète a dû parfois suspendre des pratiques de peur que les musulmans se détournent de Dieu. Il a par exemple accepté la conversion de la tribu de Taïf qui a exigé une exonération de la zakat pourtant troisième pilier de l’islam (Abu-Dâwûd). Un autre a exigé pour sa conversion de ne pas s’incliner (rukû’e) dans la prière canonique alors que c’en est un pilier. Et le Prophète l’autorisa (Nasâï). Tout cela pour faciliter l’accès à Dieu selon les singularités des individus. La sharia n’est pas une loi aveugle. Elle est la voie qui conduit à l’unicité de Dieu à partir de la singularité de chaque croyant.
 
Le coran pour les nuls en 50 notions clés – collection pour les nuls culture générale – Nov 2019 – Tareq Oubrou – p282 à 284
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