LE SOUFISME N’EST PAS FORCÉMENT MONASTICISME

   L’expérience mystique de la rencontre avec Dieu se vit au coeur de la société, à condition que le cheminant fasse une « entrée [physique] dans la foule tout en préservant son intérieur ou son secret [assirr] 1 de l’usure de la fréquentation des gens2 »,comme le dit Abû al- Jarîrî. « Habille- toi comme tout le monde ; nourris- toi de ce qu’ils mangent ; mais distingue- toi d’eux par ton secret3 », conseille un autre soufi. En effet, on qualifie le soufi gnostique (al- ‘ârif) d’« homme présent- absent » : existant, mais distant (kâ’in ba‘îd).

    L’éloignement physique sous forme de retraite ponctuelle est acceptable s’il permet de prendre du recul par rapport aux tumultes mondains, juste le temps nécessaire pour le recueillement, la contemplation et la méditation fécondes qui éclairent les pensées, ennoblissent les sentiments, aiguisent la volonté pour mieux vivre avec les autres. L’objectif du soufisme n’est pas d’isoler le croyant, mais de le mettre en relation harmonieuse et intense avec Dieu, avec lui- même et avec les autres. Il faut reconnaître que c’est une démarche assez difficile, qui exige un renoncement aux habitudes et une transformation profonde de l’être humain. Car l’homme reste incliné vers l’animalité sous l’effet de sa composante biologique, tiré vers le bas par la pesanteur des tentations sous l’impact de sa nature originelle argileuse.

    La voie du soufisme est celle de la transcendance, passant par un changement radical de l’être et par la maîtrise des sentiments, des habitudes, des réflexes…, sans pour autant les éradiquer – ce qui n’est d’ailleurs ni possible ni souhaitable. C’est pourquoi elle exige un combat intérieur sans relâche contre la distraction et le délassement des sens et de l’esprit afin de les garder éveillés et vigilants.

1. Dans le vocabulaire des soufis, le secret renvoie à la relation intime que le saint établit avec Dieu et qu’il doit protéger de toute corruption.
2. Al- Qushayrî, Ar- risâla al- qushayriyya, Beyrouth, Dâr al- jalîl,
1990 (2e édition), p. 103. Authentifié par Marouf Zrîq et Ali
Abdel Hamîd Baltajy.
3. Abû ‘Alî Daqqâq, in ibid., p. 102.

EXTRAIT DU LIVRE CE QUE VOUS NE SAVEZ PAS SUR L’ISLAM EDITION FAYARD 2016 – P213 A 226

Tareq Oubrou

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