LE PROFANE DONNE SENS ET RAISON AU SACRÉ

Trop de religion tue la religion. Dieu ne nous a pas demandé de prier toute la journée… Il aurait pu nous demander : « Priez-Moi matin et soir ! ». Or il n’est pas question d’un Dieu qui serait égocentrique ou narcissique. Et comme disait le Prophète : « Vous avez un devoir envers votre Seigneur, vous avez un devoir envers vous-même, vous avez un devoir envers votre famille, vous avez un devoir envers votre invité : rendez à chacun son dû ».

Le profane, vous savez, est nécessaire pour le sacré… Il lui donne sens et raison. Il faut des moments de sécularisation, d’éloignement, d’oubli, nécessairement. Si le monde entier, et à tout moment, devait être sacré, alors ce dernier s’effondrerait de lui-même. Le dhikr (rappel de Dieu), une notion coranique cardinale, ne vient qu’après l’oubli de Dieu. Ce sont les séparations, les éloignements et les égarements qui font apprécier les retrouvailles du Bien Aimé. Aussi, les pratiques spirituelles et morales ont pour objectif, entre autres, d’atteindre un plaisir intérieur au-delà de tout langage. Elles conduisent à un bonheur et à une joie de vivre sublimes si elles sont accomplies avec persévérance, sincérité, intelligence, équilibre et modération. Et à ce titre, on peut dire que la religion est fondamentalement hédoniste ou eudémoniste. Et si l’épreuve par la Loi est parfois nécessaire, elle n’a de sens que si elle conduit l’âme à découvrir les jouissances que le Prophète appelle « halâwat al-îmân », la douceur et la jouissance de la foi.

Et je voudrais saisir cette occasion pour dire que, théologiquement, et c’est ma conviction doctrinale, le mal, la souffrance et l’épreuve ne sont pas ontologiques. Ils ne sont qu’apparents et contingents. Ils n’ont de fonction que de mener ou d’indiquer le bien et le bonheur qui sont notre destinée sotériologique finale, et donc absolus et éternels.

Profession Imam – Albin Michel 2009 – p102/103

Tareq Oubrou

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