Dialogue interreligieux : de l’éthique à la géopolitique

Il y a plusieurs raisons qui me paraissent fondamentales pour s’engager, aujourd’hui, dans le dialogue interreligieux et interculturel.

Tout d’abord par curiosité naturelle de rencontrer celui qui est différent, mais qui paradoxalement me ressemble par certains aspects. Nous sommes tous en définitive des humains appartenant à une grande et même famille. Mais nous sommes différents ethniquement, linguistiquement, religieusement. Une raison pour se rencontrer : «Nous vous avons créé à partir d’un homme et d’une femme et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez mutuellement…»

La deuxième raison est liée à l’évolution de notre monde. La mondialisation postmoderne assiste à un recul des croyances en une philosophie du progrès de même qu’en une théorie laïque du salut. L’humanité est rongée par une incertitude et une inquiétude existentielle, elles-mêmes provoquées par un progrès technoscientifique déroutant, une globalisation économique, une porosité des frontières, une interpénétration des cultures et des traditions dues aux flux migratoires et à des techniques de communication et de transport de plus en plus sophistiquées. Cette évolution favorise un retour à l’irrationnel en général, aux spiritualités et aux religions en particulier. En effet, notre monde, comme le qualifie Peter Berger, est furieusement religieux.

Je suis convaincu que, dans ce climat de turbulence, les religions dignes de ce nom ont toutes un potentiel de générosité, de sagesse et un sens éthique de transcendance capable de créer un lien solide entre les hommes, au-delà de leurs différences. Si les croyances, les dogmes et les systèmes philosophiques et métaphysiques nous divisent, je crois fermement qu’il y a  une éthique pragmatique universelle possible qui nous permet un vivre ensemble. Le sens peut être différent d’une tradition à une autre, mais l’action, elle, peut être commune.

Les religions ne sont pas des abstractions. Et le dialogue interreligieux est d’abord une rencontre d’hommes et de femmes. Des êtres humains qui dialoguent, traversés par des traditions religieuses différentes, mais partageant la même humanité, le même monde, la même réalité et parfois la même culture, la même condition sociale, la même langue et la même mentalité, les mêmes intérêts… Cette éthique de l’agir commun est donc possible.

Le dialogue interculturel et interreligieux relève avant tout d’une éthique de l’altérité et de la rencontre. Mais il n’est pas seulement cela. Il doit aujourd’hui devenir un principe de précaution et s’inscrire dans une stratégie géopolitique, pour ne pas dire géothéologique, afin d’édifier une politique de l’entente entre les nations, de contribuer à la paix civile des sociétés et des peuples.

Il s’agit, dans ce dialogue, de viser la prévention des tensions où les religions pourraient se trouver impliquées. Cette géothéologie répondrait ainsi à un mouvement de desécularisation sauvage – qui menace également ces mêmes religions de l’intérieur – afin d’anticiper sur des formes violentes du religieux qui alimenteraient des revendications identitaires capables de déchirer les tissus sociétaux, de menacer les unités nationales et de catalyser les conflits entre les nations.

Précisons que dans cette mosaïque de croyances, le christianisme comme l’islam sont des religions fortement missionnaires, contrairement au judaïsme et à d’autres traditions. Dans le climat actuel, il est d’autant plus important que ces deux religions – et dans une moindre mesure le bouddhisme qui est aussi une tradition qui se veut universelle mais moins prosélyte – ne transforment pas leur universalisme en un totalitarisme qui porterait préjudice aux valeurs spirituelles qu’elles sont censées porter. Toutes, elles doivent rassurer les hommes et offrir l’espérance pour une vie meilleure, plus juste, plus égalitaire. Au lieu d’un conflit interreligieux idiot, elles doivent combattre, main dans la main, les menaces qui pèsent sur l’avenir de l’humanité.

C’est cela aussi, aujourd’hui, le rôle du dialogue interreligieux.

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