Le croyant (mu’min) et le musulman (muslim)

Le Coran évoque deux catégories : le croyant (mu’min) et le musulman (muslim). Dans les sources scripturaires, parfois leur sens se confond. Dans certains passages, le statut de croyant est plus élevé que celui du simple musulman qui se contente des pratiques exotériques (visibles) alors que le croyant y ajoute les pratiques ésotériques (intérieures) comme la sincérité, la véridicité, l’amour du bien pour les autres, la compassion, le rejet de toute envie ou haine à l’égard des autres : « Les [certains] campagnards disent qu’ils sont croyants. Dis [leur que] vous n’êtes pas encore croyants, mais que vous êtes musulmans en attendant que la foi pénètre vos coeurs[1]. » Ici le Coran indique clairement qu’il ne suffit pas d’être musulman en apparence pour être un vrai croyant. Le premier est un musulman qui fait les choses, mécaniquement entraîné par le groupe ; le croyant, lui, est un musulman qui fait les choses avec coeur.
Dans le hadith intitulé de Gabriel[2], le Prophète fait trois distinctions : le registre de la foi (imân), celui de l’islam (islâm) et celui de la bienfaisance (ihsân). Il définit le premier comme simple assentiment du coeur (tasdîq) assis sur les six piliers de la foi ; le deuxième, l’islam, comme pratique des cinq obligations cultuelles ; et le troisième, la bienfaisance comme réalisation. Cette dernière étape est un aboutissement des deux premières. Elle consiste à avoir une pratique d’adoration intérieure par le coeur qui réalise le sentiment de la présence relative puis « réelle » de Dieu. Ce statut de la réalisation (ihsân) a fait l’objet de tout un programme initiatique soufi. D’une manière générale, le Coran parle des personnes qui croient (qui ont la foi), puis de celles qui font des actions justes (’âmanu wa ‘amilu as-salihât[3]). Cela signifie que la foi comme simple adhésion au credo est découplée des pratiques, celles du corps (les piliers de l’islam) et même celles du coeur (la sincérité, la miséricorde, la générosité, l’amour, etc.). En effet, hormis les traditionnistes sunnites (ahl al-hadîth[4]), l’orthodoxie sunnite majoritaire n’introduit pas les pratiques dans la définition de la foi. Elle est généralement définie comme un assentiment du coeur (at-tasdîq). C’est l’avis d’Abu-Hanîfa[5], Abu-Mansûr al-Maturidî et même Abu-Hassan al- Ascharî[6]. Cette doctrine – que nous défendons – s’interdit d’excommunier le musulman qui néglige les obligations religieuses y compris les cardinales, et même s’il se trompe de doctrine et tombe dans l’hétérodoxie, voire l’hérésie.
 
 
1. Coran (49, 14).
2. Comme le hadith dit « de Gabriel », dans lequel ce dernier vient poser des questions au Prophète au sujet de la foi et de l’islam en présence de ses compagnons pour les leur enseigner. Dans ce hadith, la foi par le credo comprend les croyances ; et l’islam, les cinq obligations cultuelles. (Muslim via Omar, in Muslim bi-sharh an-Nawâwî d’an-Nawâwî, Dâr al-Kutub al-‘Ilmiyya, Beyrouth, s. d., t. I, part. 1, K. 1, B. 1, no [8], p. 157-160.)
3. Cette expression revient au moins cinquante fois dans le Coran.
4. Adelmalik al-Jouaïnî, Kitâb al-irchâd, Maktabat al-Khânjî, Égypte, 1950, p. 396.
5. Il considère néanmoins que la foi est une connaissance, puis une déclaration (ma’rifa wa iqrâr). (Ali Al-Qârî, Charh kitâb al-fiqh al-akbar [commentaire du Al-Fiqh al-Akbar d’Abu-Hanîfa], Dâr al- Kutub al-‘Ilmiyya, Beyrouth, 1984, p. 19.)
6. Abu Mansûr Abdelqahir at-Tamîmy (m. 1034), Usûl ad-dîn, Dâr al-Kutib al-‘Ilmiyya, Beyrouth, 1981, p. 248.
 
 
Appel à la réconciliation : Foi musulmane et valeurs de la République française – Tareq Oubrou – Édition Tribune Libre Plon – p96 à 98
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